Curateur/curation : une fonction en quête de nom

L’univers numérique est un monde nouveau composé de réalités nouvelles qui, dans bien des cas, n’ont pas encore trouvé leur dénomination définitive.
 

Il en va ainsi de la curation de contenu, notion pour laquelle l’OQLF propose d’utiliser plutôt éditeur de contenu le calque de l’anglais curateur de contenu est à éviter puisqu’en français curateur n’a qu’un sens, celui de « personne désignée par un juge pour assister un aliéné ou un mineur ».

D’accord, mais en y regardant de plus près, on dirait bien que la fonction d’un curateur,c’est justement d’assister des personnes dans le besoin, ces victimes du tsunami de données qui déferlent sur le web, ces accros à l’information instantanée,  ces paralysés devant l’abondance de choix, ces submergés de complexité.

Francis Pisani, journaliste indépendant qui blogue sur LeMonde.fr, propose webinage:

Mon idée est toute simple. Parmi les métiers consistant à sélectionner et mettre en scène, celui de jardinier me paraît plus vivant. J’ai envie d’utiliser webiner, webinier/ère, webinage (…). 

Mais cette notion de jardinage, tout poétique soit-elle,  est à mon sens trop voisine de l’agriculture et du concept des content farms, ces sites qui ramassent le contenu d’autres sites, y accolent de la publicité et en récoltent les revenus.

À défaut de mieux, nous utiliserons curation et curateur.  Je les mets en italique pour m’excuser de leur laideur et des images qu’ils évoquent.

Bienvenue dans la nation de curateurs

Population en pleine croissance!, nous dit Brian Solis dans son billet au sujet du livre de Steven Rosenbaum : « Curation Nation : How to Win in a World Where Consumers are Creators », pour l’écriture duquel Rosenbaum a rencontré plus de 70 personnes.

Nous sommes submergés, renchérit Steve Addis, CEO de Addis Creson, une boîte californienne de stratégie de marque, dans le livre de Rosenbaum.  Il y a tout simplement trop de choix et trop d’information disponibles, on ne peut pas les gérer seul. Nous vivons dans une économie de curation. Les entreprises qui comprennent, adoptent et harnachent le pouvoir de la curation définissent ainsi l’essence même de leur marque, sa raison d’être, les besoins qu’elle comble.

Toujours dans le Curation NationRobert Scoble, blogueur et ancien évangéliste techno chez Microsoft, décrit le curateur comme un chimiste de l’information, quelqu’un qui mélange des atomes, crée une molécule-information et ajoute de la valeur à cette molécule.

Pour Seth Godin, gourou qui n’a plus besoin de présentation, le pouvoir est en train de passer des créateurs de contenus aux curateurs de contenu.  Dans cette société de l’information produite en surabondance, la valeur de l’information ne repose plus sur sa rareté.  La personne qui est en mesure de sélectionner l’information la plus valable, authentique et pertinente possède un pouvoir certain sur celui qui la génère.

Francis Pisani souligne pour sa part que le « webinage peut avoir recours aux algorithmes, au web sémantique et à l’intelligence artificielle, mais le webinage humain (human curation) a ses atouts. (…) notamment notre capacité d’anticiper, de prendre des risques, d’avoir une vision d’ensemble, d’apprécier la confiance que mérite une source, d’opérer des distinctions entre l’Ulysse de Joyce et les LOL cats de Facebook même si le roman ne génère pas autant de trafic.»

Curation, édition de contenu, webinage ? Ou l’un des termes proposés par les lecteurs de Francis Pisani : toilettage (à cause de la toile), webothécaire,  interjournalisme ? Quoiqu’il en soit, webcom, avec ses ateliers, panels, conférences et études de cas sur le web et l’internet au quotidien des organisations, en est un exemple vivant. Le sujet sera au cœur de deux conférences le 16 novembre :

Patrice Leroux, responsable du programme Communication appliquée et relations publiques  de l’Université de Montréal, croit que la curation web ajoute une couche d’analyse originale, un nouveau savoir, fournit un ensemble d’informations pertinentes (selon un contexte et des critères spécifiques) au bon moment et aux bonnes personnes, dans un but de prise de décision.  Dans sa conférence, il abordera les avantages de lacuration web pour l’entreprise et expliquera comment formuler une tactique decuration web interne.

Corinne Weisgerberprofesseure de communication à l’université de St-Edwards,abordera,  dans sa conférence,  la différence entre curation et agrégation, et expliquera comment les entreprises et les personnes peuvent utiliser la curation pour s’imposer comme leaders d’opinion.

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