Archives du mois : novembre 2011



Impressions de webcom – 11e édition

Puisque nos cerveaux et nos enveloppes corporelles ne sont pas encore habilités à être à deux endroits en même temps, tout compte rendu par une seule personne de sa journée à webcom sera forcément très incomplet en regard du contenu extrêmement riche et varié offert par cette 11e édition.

Voilà pourquoi je vous propose plutôt de m’accompagner dans une balade impressionniste composée de morceaux choisis au fil de mes pérégrinations dans ce lieu fabuleux qu’est le siège social de l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI) avec sa collection d’œuvres d’art et d’artefacts internationaux offerts ou prêtés par les pays et organisations membres (dont Le Miroir aux alouettes de Marcelle Ferron, une sculpture de trois mètres de haut à l’extérieur de l’édifice).

Balade à travers des morceaux choisis (mis en lumière par des recherches Google)

Un concept qui a voyagé tout au long de la journée : la curation web, cette fonction dont l’utilité prend de plus en plus de sens dans le tsunami d’information qui déferle sur le web. Dans sa conclusion des moments forts de la journée, Sébastien Provencher s’est interrogé sur l’équivalent français du mot. J’en avais parlé dans mon billet sur le sujet : au Québec, notre police de la langue, l’OQLF, propose éditeur de contenu. J’ai pensé qu’on pourrait bricoler un néologisme composé à partir des fonctions regroupées dans le concept, mais après avoir assisté à la présentation de Corinne Weisgerber, je  crois qu’il faudrait plutôt regarder du côté de la notion de multitâche, façon déesse aux milles bras.

 

Comme l’illustre cette diapo tirée de sa présentation, la curation web nécessite la mise en œuvre de multiples fonctions. Éditeur de contenu est définitivement trop réducteur.

Google dans notre tête

Avec Nicolas Darveau-Garneau, nouveau responsable de Google au Québec, j’ai appris une nouvelle notion de marketing : le moment zéro de vérité,  l’insertion de la recherche web dans le processus mental qui se déroule dans la tête du consommateur au moment du choix.

Ce processus se déroule de plus en plus de façon mobile : chez Google, la recherche sur mobile augmente de 400% par année.

L’entreprise sera sociale ou elle ne sera pas (et cela se fera dans les nuages)

Avec Douglas Heintzman de IBM, on s’est envolés dans les nuages. IBM, cette colossale entreprise qui compte aujourd’hui 400 000 employés – autour desquels flotte un nuage de consultants –  prévoit réduire son effectif à 200 000 au cours des prochaines années et compléter ses besoins grâce à un nuage de compétences (« talent clouds »), sur le modèle de cette planète intelligente proposée par IBM.

Douglas Heintzman a livré des exemples éloquents illustrant les avantages de la « socialisation » de l’entreprise. Par exemple, CEMEX, une  entreprise mondiale de matériaux de construction qui a lancé un projet de réseau social en collaboration avec IBM, et ainsi mobilisé plus de 20 000 employés et formé plus de 500 communautés :

Réal Jacob, professeur titulaire au service de l’enseignement du management à HEC Montréal, a rappelé dans sa présentation sur le projet CEFRIO Web 2.0 : apprentissages du point de vue du management des organisations, que l’entreprise désirant implanter les outils du web 2.0 dans ses processus devra faire face à des enjeux de taille. Ceux-ci sont abordés dans le livre blanc Les usages du web 2.0 dans les organisations disponibles sur le site du CEFRIO.

Parmi ces obstacles : la résistance au changement, cette caractéristique qui différencie l’humain de la machine. Parmi les solutions : identification des agents de changement et appropriation de leur rôle (formation, participation aux instances de décisions, etc.)

Une solution également entendue au cours de la présentation de Jamie Pappas sur l’implantation des médias sociaux chez son ancien employeur, EMC. Jamie a insisté sur l’importance de désigner dès le départ un petit groupe de champions internes de la «socialisation» de l’entreprise.

Mutation profonde en marche

Le leitmotiv de la journée : les médias sociaux changent le monde. Ou est-ce plutôt un mantra (phrase sacrée dotée d’un pouvoir spirituel)?

Quelques citations :

  • Social business is changing the way we live.
  • Social business is changing the way we work.
  • Our world as we know it is changed forever.

Mais les citations les plus percutantes à ce sujet, je les tire de la présentation schématographique de Michel Cartier.

  • L’Internet est un facteur d’amplification,  un accélérateur de changement. Les nouveaux moteurs de nos mutations : mobilité, géoréférencement et prise de parole.
  • Internet, un écosystème universel numérique : ère des données, des flux et des filtres, autour de trois écrans (téléviseur, ordinateur et mobile), qui n’appartient à personne
  • Internet is where we are : un utilisateur sur six sera connecté sur au moins six appareils.
  • Des natifs numériques habitués au flot d’images foisonnantes et à leurs écrans. Internet 2 reprogramme biologiquement le cerveau, les jeunes sont désormais différents.
  • Les informations sont automédiatisées par des professionnels et des citoyens-experts (souvent anonymes). L’information est remplacée par l’opinion et la synthèse par le zapping.
  • La société ne sait toujours pas comment transformer ses activités en ligne en revenus.
  • Les banques gèrent le flux de l’argent. Les géants d’aujourd’hui gèrent le flux d’information. Ils pourraient éventuellement devenir les « maîtres du monde » remplaçant les grandes banques dans ce rôle.
  • Les coûts de production (réelle et virtuelle) vont baisser considérablement mais les coûts de l’ « intelligence » vont augmenter énormément.
  • Il n’y a pas UN grand public d’utilisateurs mais des millions de niches

Je n’essaierai pas de faire le résumé de la présentation de Monsieur Cartier, je ne pourrai jamais atteindre son degré d’intelligence et de clarté. Il fallait être là.

Pièces du casse-tête : comptes rendus partiels d’autres sources

Pour avoir une idée plus complète de la journée, je vous recommande de lire ces textes, autres pérégrinations impressionnistes :

webcom Montréal : retour sur une folle journée d’études de cas par Nicolas Laffont deBranchez-vous! Techno

Retour sur le webcom : imarkscore et quelques conseils tirés des conférences, par Thoma Daneau d’Adviso

Une journée au Webcom 2011, par Simon de Montigny d’Absolunet

Webcom : vue de l’interne (novembre 2011), par Patrice Leroux, l’un des conférenciers

Webcom Montréal novembre 2011: retour et réseautage de fin de journée par Guillaume Lachance qui a blogué en direct tout au long de la journée.

webcom; du web dans de la com, par Nadine Mathurin sur le blogue L’Agora de Radio-Canada.

Sur la page Facebook de webcom, vous trouverez les présentations des conférenciers au fur et à mesure où elles seront disponibles. Déjà en ligne : celles de Jamie Pappas, de Corinne Weisgerber, de Nathalie Pilon et de Patrice Leroux.

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L’avenir commence le 16 novembre

L’overload nous guette

En 2008, la revue du MIT, Technology Review, demandait à des experts, aventuriers, et visionnaires du Web comment ils imaginaient son avenir.

Tim Berners-Lee, le père du Word Wide Web, souhaitait voir le Web améliorer le monde : rapprochement des communautés isolées, réduction de la pauvreté, réduction de l’illettrisme, gouvernement ouvert, etc.

Vint Cerf, co-créateur des protocoles TCP/IP à la base de l’architecture de l’Internet, prévoyait que, d’ici à 2018, 70% des téléphones mobiles auraient un accès Internet. (D’après une source, cette proportion sera atteinte en 2011 et en 2015 les utilisateurs d’internet mobile dépasseront les utilisateurs sur appareils fixes.)

D’autres évoquaient l’ombre de Big Brother, la fin absolue de la vie privée, le règne des standards ouverts, ou leur disparition, un Web complètement mobile.

Avec une prescience étonnante, Mohamed Nanabhay, directeur des nouveaux médias pour Al Jazeera, prédisait que le boom démographique de la jeunesse dans le Moyen-Orient provoquerait une explosion des activités sur le Web et l’amplification des voix censurées sur les médias traditionnels contrôlés par les gouvernements.

Mais la moins sérieuse des prédictions, celle de Jonathan Abrams, le fondateur de Friendster, qui se décrit comme un serial entrepreneur, est celle qui a retenu mon attention :

In five to ten years, we will all have chips in our brains. When you look at someone’s face on the street, your Google Brain software will automatically call up every embarrassing photo of them from ancient Websites such as Flickr, Facebook, and MySpace; list all mutual friends; and remind you of the person’s annotated bio. As a response to the perceived slowness and verbosity of antiquated services like Twitter, people will send everyone they know nanobursts of information about anything they might do or think before they actually do or think it. Every Website, blog, and social-networking profile will include an aggregated feed from every other Website, blog, and social-networking service, resulting in an exponential and infinite length of repeated content on every possible site, overloading our brain chips and causing frequent nosebleeds and occasional cerebral hemorrhage.

Amusant. Il n’en demeure pas moins qu’il y a là une part de réalité.  Loverload guette l’Internet : le 1e février de cette année, l’Internet Assigned Numbers Authority (IANA), composante de l’ICAN, l’autorité suprême de régulation de l’Internet responsable de la gestion de l’espace d’adressage IP, annonçait avoir épuisé les adresses IPV4. L’Internet n’avait plus de place, en quelque sorte (mais, pas de panique, le protocole IPV6  – qu’est-il arrivé à IPV5? – prendra graduellement le relais).

Derrière la magie

Cette réalité concrète de l’espace dans lequel le monde virtuel existe nous rappelle que derrière la magie de l’interconnectivité instantanée, il y a des rouages, des machines et des êtres humains, un écosystème complexe à l’équilibre fragile.

Comment décoder cet univers et prévoir ce que ses développements futurs réservent à la société?

Michel Cartier, celui qui, à titre de pionnier reconnu et respecté des nouvelles technologies de l’information et des communications, donne son nom aux Prix Cartier webcom, est un observateur aguerri de l’impact de la technologie sur la société.

À webcom,  le 16 novembre à  16h40, il viendra expliquer pourquoi l’avenir commence aujourd’hui, à l’aide d’une analyse des trente dernières années qui jette un éclairage sur les trois prochaines.

Pour lui, nous vivons une période pénible parce qu’instable. (…) un passage entre une ère industrielle et quelque chose qui sera postindustriel : une société de la connaissance? (extrait des notes de travail de Michel Cartier pour sa conférence)

Sur ConstellationW, où on peut prendre connaissance du manifeste qu’il a co-écrit avec Jon Husband, Michel Cartier explique qu’ « une société est en rupture quand sa complexité se modifie au point que ses statistiques deviennent exponentielles. »

Exponentiel, vous avez dit exponentiel?

Une modeste illustration de cette croissance exponentielle des statistiques concernant l’Internet, à la manière des présentations « Did you know/Saviez-vous que… » (insérer votre propre musique solennelle ici) :

  • Le protocole IPv4 a épuisé ses adresses, un maximum théorique de 4 294 967 296 adresses (soit environ 4,2 milliards).
  • En théorie, l’IPv6 permet d’avoir 3,4×10 38 adresses – soit, 340 282 366 920 938 463 463 374 607 431 770 000 000 adresses, un très grand nombre …
  • Chaque personne sur terre pourrait en théorie utiliser 50 000 000 000 000 000 000 000 000 000 adresses IP. Plus ou moins…

Et dire que tout cela a commencé avec quatre ordinateurs :

  • Il y a maintenant 42 ans, en 1969, le réseau ARPANET connectait quatre universités américaines entre elles.
  • En 1971, le réseau comprenait 15 nœuds interconnectés et 23 ordinateurs hôtes. En 1972, on procédait à une démonstration publique d’ARPANET avec 40 machines.
  • En 1974, Vint Cerf et Bob Khan conçoivent le Protocol For Packet Network Intercommunication, le PC/TCIP. Le réseau comptait 188 ordinateurs.
  • En 1984, le système des noms de domaines est mis sur pied. Internet compte près de 4 millions de nœuds interconnectés et plus de 1 000 ordinateurs à travers le monde.
  • En 1987, c’est 10 000 ordinateurs. En 1989, 100 000.
  • En 2011, selon le site Internet World Stats, il y a aujourd’hui un peu plus de deux milliards d’utilisateurs sur l’Internet.
  • Depuis le 31 octobre, il y aurait 7 milliards d’humains sur la terre.

Je vous laisse calculer le nombre d’adresses IP possibles quand la transition au protocole IPV6 aura été complétée…

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